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Cameron road, terminus (Episode 5)

Boris Martin

 Cameron Road, terminus

De Paris à Hong Kong, en train

En octobre 2002, je faisais la rencontre de Marie Leurquin, née en 1921 en Chine, là où son père, Jules, était arrivé douze ans plus tôt pour y faire une carrière de consul avant d’y mourir en 1945. Gardienne nostalgique du souvenir de sa famille, Marie se demandait si les correspondances en petites rondes et les photographies couleur sépia qu’elle prenait tant de plaisir à parcourir pouvaient faire l’objet d’un livre. L’histoire de ce jeune homme de 24 ans qui avait fait « le grand voyage vers l’Extrême-Orient » ‑ un périple de 53 jours en train, en jonque et en chaise à porteurs ‑, pour rejoindre son poste à Chengdu, dans le Sud-Ouest de la Chine ; les trente-six années qu’il passa dans ce pays qui traversait les heures les plus fortes de son histoire récente ; sa carrière d’« honnête homme », les lettres qu’il écrivit sans relâche à sa mère Maria et les photos qu’il prit, tout cela me fascina. Je l’écrivis ce livre, passant alors des mois en compagnie de ce consul, parfois pris de vertige face à cette vie qui se déroulait sous mes yeux. L’idée de refaire ce voyage était née à ce moment-là, en parcourant les premières lettres que Jules écrivait à sa mère depuis Berlin, Moscou, le Transsibérien, Pékin, Chengdu. Une fois le livre paru (C’est de Chine que je t’écris…, Jules Leurquin, consul de France dans l’Empire du Milieu au « temps des troubles », Seuil, 2004. Traduit et paru en chinois aux éditions Hunan publishing group en mai 2005. Présenté lors du Salon international du livre de Pékin en septembre 2005 dans le cadre des Années croisées France-Chine), je ne tardai pas à mettre mes pas dans les siens.

Cameron Road, terminus est le récit du voyage que j’effectuai durant 45 jours entre août et octobre 2005, 96 ans après Jules. Parti de la gare de l’Est, à Paris, je prenais la direction de Hong Kong et traversai l’Allemagne, la Pologne, la Biélorussie, la Russie avant de parvenir en Chine. Ce voyage dans le présent du monde a pris, bien souvent, la tournure d’une errance dans le passé, sans doute induite par l’éclaireur clandestin qui m’accompagnait. Mais le récit de Jules, je l’ai transporté avec moi un peu à la manière dont Stendhal concevait le roman, comme un miroir qu'on promène le long d'un chemin. Les reflets qu’il m’a alors renvoyés mêlent inextricablement le monde d’hier à celui d’aujourd’hui. Peut-être même a-t-il permis à l’un et l’autre de s’éclairer mutuellement, m’offrant d’attraper au vol ces moments qui disent, un peu, ce qu’est le monde actuel. Cet homme du début du XXe siècle m’avait suivi sur mes pas autant que je m’étais inscrit dans les siens.

Pourquoi publier maintenant un manuscrit que j’ai sous le coude depuis 13 ans ? La recherche en dilettante d’un éditeur, ponctuée de quelques refus et pour le reste de non-réponses, a presque eu raison de mon désir de le voir devenir livre. De temps en temps, à la faveur d’un contact intéressé, je l’exhume. Avant de l’enterrer à nouveau. Alors autant en faire profiter ceux qui veulent (re)faire ce voyage avec moi.

L’appel de Pékin (Episode 5)

© Texte et photos (argentique) : Boris Martin

 

Enfin nous voilà à Pékin, le lundi 17 mai 1909 à 8h15 du matin !

[…] C’est un grand village misérable, boueux, poussiéreux,

avec des maisons basses en terre, des chemins creusés

dans des mètres de poussière accumulée.

Jules Leurquin

  

« Le wagon-lit est un immense dortoir à couchettes superposées au lieu d’être par cabines de deux ou quatre [tandis que l’on voit] dans les gares ou du moins sur les quais, un grouillement incroyable de marchands qui vendent aux voyageurs de 2e ou 3e classe ce dont ils ont besoin pour leur nourriture, des badauds et des portefaix ». Les lettres de Jules décrivent le même spectacle que celui se déroulant sous mes yeux. Certes l’Express Harbin-Pékin est des plus modernes, des écrans plats de télévision équipent désormais les dortoirs, mais la vie qui s’exprime diffère bien peu de celle qu’il relatait. Déceler la permanence des choses sous l’apparence trompeuse de leur changement… M’intéressant plus précisément aux dates de voyage de Jules, je réalise qu’à près d’un siècle de distance, nous avons mis le même temps pour accomplir ce trajet. Comme lui, dix-huit jours après mon départ de la gare de l’Est à Paris, je m’apprête à entrer dans Pékin.

 Aujourd’hui, Jules, on l’appelle Beijing, la « capitale du Nord » en pinyin, le mode de transcription officiellement substitué depuis la fin des années 1950 à celui de l’École française d’Extrême-Orient. Reste alors à confronter le Beijing d’aujourd’hui au Pékin d’hier, le fantasme à la réalité, à se demander en somme, comme le fit Segalen, si « l’imaginaire déchoit […] ou se renforce quand il se confronte au réel ». Aux portes de Pékin, cette ville où « la plus échevelée foire d’empoigne des temps anciens et modernes est ouverte »[1], il y a de quoi s’interroger sur les liens que nous entretenons avec le passé : celui-ci déchoit-il ou se renforce-t-il à mesure que ses traces visibles disparaissent ou sont travesties ?

Une conversation à bord de l’Express Harbin-Pékin entre des touristes et des expatriés occidentaux posait assez bien les termes de l’équation. Les premiers ne tarissaient pas d’éloges sur les monuments qu’ils avaient visités. Ils dénigraient toutefois les hôtels modernes (où ils logeaient), les boutiques occidentales (où ils faisaient leurs emplettes) et, bien sûr, la concentration insupportable de touristes occidentaux (dont ils étaient). Les expatriés, quant à eux, regrettaient que l’on voit si peu de véritables monuments anciens, rétrogradant du même coup au rang de mauvaises copies ceux que venaient de leur citer, bêtement émerveillés, les touristes. La plupart de ces monuments, expliquaient-ils non sans raison, avaient été détruits et reconstruits récemment, sans parler de ceux qui avaient définitivement disparu au moment de la Révolution culturelle. La plupart des « vrais » vestiges chinois – glissaient alors les « expats » sur le ton de la confidence – se trouvaient désormais dans les musées de Taiwan ou de Hong Kong, lorsqu’ils n’étaient pas partis enrichir les collections privées. Le sinologue Simon Leys se serait régalé de cette conversation, lui qui expliquait comment les Chinois n’accordent qu’une valeur très relative aux monuments et à leur conservation, non par désintérêt de la mémoire historique, mais parce qu’ils estiment que sa perpétuation passe avant tout par l’esprit[2].

 

Du passé faisons table rase

Près de vingt ans après mon premier voyage, c’est peu dire que Pékin a changé de rythme et d’échelle. Aux abords des gares à l’animation impressionnante, des grappes de paysans s’installaient à même le sol, regardant avec des yeux exorbités les voyageurs occidentaux qu’ils avaient si peu l’occasion de rencontrer dans leurs provinces éloignées. Cet étonnement, rarement discret, toujours respectueux – à condition de ne pas comprendre les commentaires qui l’accompagnaient parfois –, n’était pas l’apanage des seuls provinciaux. Les Pékinois eux-mêmes, qu’ils fussent à pied, en vélo ou en voiture, pouvaient s’arrêter brutalement en apercevant l’un de ces gweilo et le regarder longuement avant de reprendre leur chemin. Deux décennies plus tard, à peine sorti de la gare moderne d’où les paysans ont disparu, où certains Pékinois s’empressent d’entrer dans les 4X4 stationnés anarchiquement, je vois combien l’eau a passé sous les ponts de marbre blanc qui faisaient la réputation de la capitale des Jurchen, de Kubilaï Khan ou des Ming. La ville connue pour son rythme indolent a été comme prise de frénésie. Lorsque l’on porte le regard au loin, elle s’étend à perte de vue, effet démultiplié par les milliers de lumières qui, en ce début de soirée, scintillent sans parvenir à éclairer réellement la ville. Cette particularité des villes chinoises, au moins subsiste : dès que la nuit tombe, elles sombrent dans une obscurité que les rares lampadaires publics peinent à transpercer. Ici, l’éclairage artificiel n’est pas conçu pour compenser la lumière du jour disparue, mais pour éviter que l’on se perde totalement.

M’éloignant à tâtons de la gare, je me retrouve rapidement au bord de l’un des six périphériques que compte Pékin, anneaux qui peu à peu encerclent la ville au nom de sa décongestion. Je suis bon pour trouver un taxi qui me sorte de ce no man’s land urbain et me conduise en terre de connaissance. En 1909, Jules avait emprunté avec curiosité un « taxi à moteur humain », ignorant sans doute que ce pousse-pousse était l’invention d’un Français. J’opte pour une voiture appartenant à la centaine de compagnies de taxis que compte désormais la ville, presque content d’y retrouver le traditionnel portrait de Mao suspendu au rétroviseur. Son usage résulte d’une légende, probablement lancée par la propagande du Grand Timonier : dans les années 1970, à l’occasion d’un gigantesque carambolage, le seul chauffeur à avoir la vie sauve avait accroché le portrait de Mao sur son pare-brise.

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Les avenues qui quadrillent la ville forment comme des autoroutes, tandis que dans cette capitale impériale où, longtemps, nul bâtiment n’a été autorisé à s’élever au-dessus de la Cité interdite, les buildings émergent de toutes parts. Cette mégapole de 22 millions d’habitants n’a évidemment plus rien à voir avec le « grand village misérable » dont parlait Jules. En 1913, dans L’Illustration, le journaliste Louis Sabattier s’en émerveillait au contraire, pour regretter aussitôt : « Tout cela, malheureusement, est gâté par les innombrables poteaux et la profusion de fils électriques, et aussi par quelques nouveaux bâtiments d’un style innommable »… Quant aux voitures, au début des années 1990, elles étaient bien souvent le privilège des apparatchiks du régime, ne parvenant pas à détrôner les vélos qui restaient le symbole de cette ville. Aujourd’hui, les voitures ont définitivement pris le pouvoir, reléguant les bicyclettes, encore nombreuses, dans des voies étroites et protégées. S’il n’était déjà mort, Louis Sabattier succomberait subito, lui qui, face au spectacle d’un vélo dépassant une chaise à porteurs, n’en finissait pas de hurler contre les ravages que le Progrès infligeait au passé : « La bicyclette et son cycliste étaient en ce lieu quelque chose de choquant et de déplacé ; je ressentis une impression analogue à celle que j’éprouve devant une belle chaumière ou un joli coin de paysage de chez nous souillé par quelques révoltant panneau-réclame. »

En retrouvant l’hôtel aménagé dans une maison traditionnelle, une siheyuan datant de l’époque Qing, ceinte de murs, composée de cours et garnie de meubles Ming, j’ai le sentiment de rejoindre un musée, une réserve, un refuge où le passé chinois aurait été sauvegardé. Îlot du passé de Pékin dans la moderne Beijing. Après tout, peut-être que Pékin n’existe plus, comme l’avait prophétisé Pierre Loti en 1901 en la retrouvant à l’occasion de la Révolte de Boxers : « Toute cette magnificence, revue ce soir, me paraît plus que jamais condamnée, et son temps plus révolu ».

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Gens de Pékin

Dans la cour principale de l’hôtel Lu Song Yuan, les statues de Lu Xun et de Sun Yat-Sen semblent converser pour l’éternité. Des ginkgos, ces arbres qui, dit-on, peuvent vivre jusqu’à mille ans et auraient été les seuls à résister à la bombe atomique de Hiroshima, paraissent les témoins silencieux de ces conciliabules que nul n’entendra jamais. Le vert de leurs feuilles répond à la peinture des rambardes de bois qui courent sous les arcades tandis que le rouge des fleurs d’hibiscus renvoie à la couleur intense des piliers soutenant les toits en accent circonflexe sertis de tuiles gris-bleu. Et au-dessus de ce puits de sérénité, le ciel de Pékin dont la couleur blanche, un peu cotonneuse, diffuse cette lumière unique, apaisante et éblouissante. Attiré par la mélopée du livreur de charbon qui signale sa tournée, je quitte la douce quiétude de la cour carrée pour retrouver les hutongs.

Dans ce quartier de Dongcheng, au nord de la Cité interdite – aujourd’hui encore, l’orientation dans cette ville ne se conçoit que par rapport à ce monument construit en son cœur –, subsistent en effet ces ruelles populaires de Pékin. À entendre depuis des années les échos de leur destruction progressive, je craignais de n’en voir plus du tout. Et voilà que je me promène « le long de ces venelles, une suite de murs, pas très hauts, en briques mal cuites, cimentées, plus mal encore, avec de la boue ; pas de fenêtres, pas de boutiques, pas de maisons apparentes, rien que des portes, de distance en distance, avec, de chaque côté, sur le seuil, les lions en pierre, gardiens du logis ». Celles que Louis Sabattier décrivait ainsi n’ont pas beaucoup changé. Ce sont toujours les mêmes façades aveugles ne laissant rien paraître de l’intérieur des maisons. Même les portes d’entrée, dont les montants sont encore parfois ornés de bandes de papier rouge sur lesquelles les mots « Bonheur » ou « Longévité » sont inscrits, restent closes et ne trahissent aucun secret. La vie qu’elles ont abritée durant des siècles en faisaient le poumon historique et l’âme de Pékin. Sous les dynasties Yuan et Ming, entre le xiiie et le xviie siècle, les courtisans de l’empereur avaient fait construire ces maisons tout autour de la cité interdite, sur le modèle de la cour carrée. Pour abattre ces symboles de la vieille Chine mandarinale, et lutter contre la surpopulation, Mao autorisa les gens du peuple à occuper les siheyuan où ils aménagèrent les lieux, y construisant de nouvelles habitations, élevant des murs de séparation, créant des couloirs labyrinthiques entre les petites bicoques en briques.

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Adossé à l’une d’elles, assis sur un banc, j’observe la vie qui s’écoule, me demandant si cette formule toute faite n’a pas été inventée pour ces ruelles populaires de Pékin, tant elles constituent une petite société où tout semble se dérouler selon un rythme paisible, immuable. Lao She, l’infatigable chroniqueur de la ville, leur avait consacré un ouvrage : Gens de Pékin. Une moiteur inhabituelle pour ce début de septembre a envahi la ville depuis quelques jours, causée par une brume stagnante de pollution qui donne la sensation qu’un filtre légèrement troublant a été placé devant les yeux. L’épicier m’explique que même le bombardement des nuages à l’aide de boules de sodium n’a pas provoqué les pluies salvatrices. L’heure est grave. Deux femmes, assises sur de petits tabourets devant le pas de leur porte en forme de cercle, préparent le déjeuner tout en discutant, riant et surveillant du coin de l’œil le petit garçon qui s’amuse. Un jeune couple d’amoureux revient nonchalamment des courses sur un vélo flambant neuf encore tout enrobé de papier bulle. Une main autour de la taille de son copain, l’autre tenant le sac de provisions, elle est assise en amazone sur le porte-bagages, chantonnant une bluette. Tout à coup, un éclat de voix, une jeune fille en pyjama se met à hurler contre un homme qui me semble être son père. Mais l’orage passe vite et tandis que la fille et son paternel s’éloignent dans l’indifférence des voisins, c’est le livreur de charbon que l’on entend à nouveau prévenir de son passage. L’homme a l’air épuisé. En sueur, les bras striés de traînées noires, le corps tendu, arc-bouté sur les pédales, il peine à faire bouger son tricycle dont le plateau arrière est couvert de disques de graphite. Dans son sillage, un autre triporteur arrive, plus léger, conduit par une femme. C’est la récupératrice de cartons qui, en fin de journée, ira revendre le résultat de sa tournée pour quelques yuans. Sur son chemin, elle croise de jeunes ouvriers se rendant à la pause de midi, l’air hagard, couverts de poussière. Sur le toit d’en face, un chat déambule sur le faîte et vient narguer les animaux de céramique, poule ou dragon, censés protéger les maisons des caprices du ciel, ce Ciel sacré dont l’empereur de Chine était le Fils. Ce ciel de Pékin sous lequel les hutongs naquirent il y a huit siècles.

S’y promenant il y a presque cent ans, Louis Sabattier s’étonnait que, contrairement à nos pays où les vestiges historiques sont « inertes, désolés et muets, […] ceux d’ici vivent toujours et grouillent ; ils sont encore habités, animés par des êtres indubitablement pareils à ceux des autrefois les plus lointains. Les échoppes blotties dans l’ombre des redoutables portes de Pékin, les loqueteux, les rétameurs, les savetiers, les marchands de n’importe quoi, aux installations précaires, les estropiés, les mendiants qui sollicitent la charité des entrants et des sortants, sont l’exacte réalisation de ce que j’avais imaginé du Moyen-Âge, et les foules qui se meuvent dans ces décors ne sont point anachroniques ».

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Havre du passé préservé des atteintes du présent, ce quartier des hutongs semble toujours garder une longueur de retard sur le temps qui le mangera, tôt ou tard. Au bout des étroites ruelles de Dongcheng, on aperçoit les voitures, on entend leur rumeur, comme des prédateurs qui rodent, attendant la mort de la proie agonisante. Le temps des hutongs est bel et bien compté, la grande majorité d’entre elles ayant déjà disparu, avalées par la ville moderne, écrasées par les buildings, victimes de la politique d’expropriation engagée par la municipalité, désireuse de récupérer des mètres carrés qui valent de l’or. Les quelques voitures de luxe qui stationnent dans certaines des ruelles de Dongcheng, gardées par des vigiles assoupis, montrent que de riches Pékinois et les expatriés ont retrouvé du charme à ces venelles. Déjà Nan Luo Gu Xiang, la rue principale du bloc de hutongs, est devenue le rendez-vous des touristes. Les hôtels bon marché ont fleuri tous les dix mètres, entrecoupés de cafés et de restaurants qui servent des western breakfast ou des sandwichs clubs. Là, de jeunes occidentaux installés confortablement dans des canapés dégustent des apple pies, des cappuccinos, feuillètent le Guide du Routard ou le Lonely Planet, et tapotent sur leurs portables connectés au Wifi. Troublante vision qui fait de Nan Luo Gu Xiang une réplique de Yangshuo, ce petit village du sud de la Chine dont la rue principale a fini par être rebaptisée Western street par les habitants qui n’y mettent plus jamais les pieds. Alors, est-ce l’alibi de leur sanctuarisation pour des privilégiés et de leur « colonisation » par les étrangers qui protégera les hutongs de leur destruction annoncée ? Comment ne pas y voir des avatars des concessions que les nations occidentales avaient construites sur le sol chinois, à la seule différence que désormais, c’est avec le consentement des autorités et de la population chinoises elles-mêmes ?

Dans cet étonnant décalque qui rapproche à grand pas ces hutongs de ces endroits standardisés du tourisme mondial, une dose de localisme pour une dose d’universalisme, il y a comme un malentendu. À moins de considérer, et pourquoi pas, qu’il puisse exister en Chine des « Foreignerstowns » comme il y a des Chinatowns dans le monde entier. Mais finalement, comment reprocher aux habitants de Pékin de prendre le train d’une modernité dont nous nous sommes longtemps flattés d’être la locomotive ? Louis Sabattier, déjà soucieux de conserver le patrimoine des hutongs, remarquait que « les bâtisses se ressentent aussi de ce nouvel état d’esprit, et ces gens-là, de propos délibéré, vont assassiner leur ville sous le vain prétexte de l’assainir et d’en améliorer les conditions d’habitabilité. […] Les maisons à étages commencent à se montrer, ça et là, et les constructions les plus honteusement vulgaires remplacent peu à peu, systématiquement, les admirables façades dorées, sculptées et peintes des boutiques merveilleuses. Les enseignes européennes s’accolent sans vergogne à la sublime écriture archi-millénaire. »

La transformation des hutongs de Dongcheng en « Foreignerstowns » ? Elle offre au moins pour l’heure à leurs habitants de retrouver un second souffle économique, en travaillant pour les restaurants, les hôtels ou les agences de voyage. Quant à la destruction des hutongs, elle est davantage décriée par les étrangers, avides de voir du « pittoresque », que par les habitants eux-mêmes. Dans le silence du choc esthétique que nous subissons, ils vivent à plusieurs dans des maisons d’une seule pièce, sans eau courante, se partagent des sanitaires collectifs et déplorent régulièrement le décès de certains d’entre eux, asphyxiés par les émanations de monoxyde de carbone. Ces habitants contestent davantage la faiblesse des indemnités d’expropriation qu’ils perçoivent plutôt que le principe d’être relogés dans des appartements modernes. Les allocations insuffisantes contraignent en effet la plupart de ces familles à déménager « au-delà du 2e périphérique », expression toute pékinoise pour signifier « en banlieue ». Mais cette volonté de chasser les pauvres des centres villes n’est-elle pas une tendance que nos villes d’occident ont depuis longtemps initiée ? Errant dans ces ruelles, assailli par toutes ces réflexions, me revient cette question lancinante : le passé déchoit-il ou se renforce-t-il au fur et à mesure que ses traces visibles disparaissent ou sont travesties ? La réponse, c’est dans ces mêmes ruelles que je la trouverai.

 

Le passé de l’esprit

Les jours suivants, je les consacre à me promener inlassablement, renonçant à l’éternelle course contre la montre pour visiter tous les monuments qu’offrent Pékin et ses environs. J’en revois certains néanmoins, le hasard voulant qu’il s’agisse des mêmes que Jules visita en une journée : « Le temple du Ciel, le Temple des Lamas, le temple de Confucius, le Tour du Tambour avec panorama de Pékin, la Montagne de Charbon ». Le jour où j’entreprends de gravir cette dernière – une bien modeste colline au Nord de la Cité interdite à vrai dire –, c’est au rythme d’un vieux couple de Pékinois.

Ils doivent avoir autour de 80 ans. Ils se tiennent la main, grimpant chaque marche l’une après l’autre, à une allure trahissant le nombre des années mais aussi le plaisir de s’attarder, de musarder et de chuchoter en souriant « aux jours finissants de l’existence », comme ils disent. Cela fait plus de 50 ans qu’ils viennent ici presque chaque jour sauf, glissent-ils, lorsque « des temps un peu compliqués » les en ont empêchés. Lui était historien, elle médecin et j’imagine que pour ces deux « intellectuels », la Révolution culturelle a dû faire partie de ces « temps un peu compliqués ». S’ils aiment tant cet endroit, expliquent-ils, c’est parce que, selon eux, « il ne change presque pas et en s’y rendant chaque jour, ils ont le sentiment de ralentir le temps ». Elle me montre en chemin un arbre magnifique, une sorte de conifère, aux branches torturées, ressemblant à un homme supplicié. Elle l’a peint il y a bien longtemps et en suit depuis la lente croissance, « une renaissance » selon elle. Quant à lui, dans l’une des pagodes qui ponctuent l’ascension, il m’invite à m’asseoir sur un banc de pierre à l’endroit précis – il se souvient de l’éclat dans le marbre permettant de le distinguer – où il demanda sa femme en mariage. À ses côtés, celle-ci redevenue jeune fille l’espace d’une seconde, rie aux éclats. De ce rire qui, en Chine, empêche bien souvent les larmes de venir au bord des yeux. Quand nous arrivons au sommet, ils admirent la vue panoramique comme si c’était la première fois qu’ils accédaient à cette colline dont on raconte qu’elle a été érigée avec les gravats de la Cité interdite pour former un rempart contre les mauvais esprits. Côté sud, les toits jaune d’or de la Cité impériale effleurés par le soleil rasant de cette fin de journée, s’étalent sous nos pieds, me renvoyant à cette image toujours aussi juste de Louis Sabattier qui écrivait que « Pékin n’est qu’un vaste rez-de-chaussée ». Côté nord, la ville donne à voir ses ruelles ancestrales que Jules, depuis le même observatoire, comparait à un « grand parc », en raison des arbres qui, disait-il, accompagnaient chaque maison. Aujourd’hui, sous l’assaut des immeubles qui se rapprochent du centre, le « grand parc », fait davantage penser au « petit jardin qui sentait bon le métropolitain » de Dutronc. Projetant cette image parisienne, je n’imagine pas alors qu’elle me reviendra en boomerang. Comme je demande en effet à ce couple de Pékin ce qu’il pense des changements affectant la ville, c’est la vieille dame qui me répond en me posant une première question :

  • « Vous êtes bien Français, n’est-ce pas ?
  • Oui…
  • Il y a bien une expression chez vous qui dit que Paris sera toujours Paris ?
  • Oui…
  • Hé bien pour Pékin, c’est la même chose… ».

Je les laisse tous les deux, main dans la main, face au panorama de Pékin, dont je ne veux pas les priver, ne serait-ce qu’un jour. De cette discussion, je reviens muni d’un sésame qui, tout au long de mon séjour, me permettra de « lire » autrement cette ville. Entre les stigmates de la modernité, les Pékinois portent en eux les restes d’un passé qu’ils continuent d’entretenir, indifférents au mouvement qui emporte leur ville, la Chine, le monde.

Au Temple de Confucius, je me promène entre les stèles des lauréats aux examens impériaux. Au début des années 1990, ce temple donnait l’impression d’un vestige au milieu duquel on errait comme si l’on était le premier à y remettre les pieds, jusqu’à découvrir le Collège impérial que le petit-fils de Kubilaï Khan avait érigé au xive siècle. Les touffes d’herbes et les racines rebelles descellaient peu à peu les stèles et les gamins du quartier jouaient au ballon contre les tambours de marbre. La réfection en cours laisse à coup sûr augurer une certaine « dépoétisation ». En sortant, je tombe sur un homme déambulant à l’écart des touristes, dans une ruelle principalement fréquentée par des Pékinois. Muni d’un énorme pinceau trempé dans une mixture translucide un peu graisseuse, il peint des caractères sur le sol, attirant à lui des passants avec qui il s’engage dans une conversation où l’on semble disserter des origines des idéogrammes, de la force ou de la faiblesse du coup de pinceau. Pendant ce temps, les signes disparaissent peu à peu, asséchés par l’effet de l’air. Calligraphie éphémère. Au Temple des Lamas, un peu plus loin, la restauration a fait de ce lieu, autrefois quasiment abandonné à quelques moines, un des plus fréquentés par les tour-opérateurs. Les groupes de touristes se massent à l’entrée des salles de prière. Dans l’une d’elles, une jeune fille chinoise, habillée en Adidas de la tête aux pieds, se prosterne de très longues minutes, se penche puis rampe devant l’autel où trône une statue de bouddha. À intervalles réguliers, elle jette sur le sol les deux morceaux de bois d’un kiao, un instrument de divination dont elle lit les divers présages, peu satisfaisants selon toute évidence. À un moment, sous les regards amusés de l’assistance « touristique », elle décroche son téléphone portable, interrompt le cérémonial avant de le reprendre comme si de rien n’était. Quelques instants après, elle s’en va, apparemment rassérénée. Mes pas me ramènent alors dans les hutongs, cette fois-ci au sud de la Cité interdite, là où elles ont subi les plus importantes destructions, dans un passé récent, quand le signe « chaï » – détruire – peint sur une porte signifiait l’arrêt de mort de la maison. Dans un parc, des anciens se sont rassemblés pour faire chanter leurs oiseaux. Déambulant lentement avec leurs cages de bambou dont ils retirent les draps protecteurs, ils comparent le plumage de leurs volatiles, les incitent à chanter en les rapprochant de leurs congénères puis confrontent les mélopées. Un peu plus loin, des hommes et des femmes dansent ou jonglent avec une sorte de petit sac agrémenté de plumes, résurgence d’un jouet qui faisait déjà le bonheur des Pékinois au début du siècle.

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L’amertume face à l’ensevelissement physique du passé laisse place à une certaine jubilation devant sa vivacité. Les Occidentaux regrettent que les villes étrangères se modernisent sans se rendre compte qu’ils infligent la même chose à leurs propres cités. Et quand ils conservent les monuments à coup de restauration, de protection et d’inscription au patrimoine, c’est pour en oublier finalement l’histoire. Pour les Chinois, les édifices ne sont qu’un décor essentiellement transitoire, amené à disparaître sous les assauts du temps ou des éléments. Si les étrangers sont si friands de ces signes extérieurs de l’Histoire, qu’importe, semblent-ils dire, il nous est très facile de leur en construire des répliques qu’ils prendront pour des reliques ; notre histoire, nous la portons en nous, la transmettons à nos enfants et cela, ça ne craint ni le temps, ni les éléments : nous sommes les passeurs de l’Histoire ! Simon Leys avait raison, une fois de plus : « Le passé qui continue à animer la vie chinoise de tant de façons saisissantes, inattendues et subtiles semble donc habiter les gens plutôt que les pierres. […] Ne faudrait-il pas aussi se demander s’il n’y aurait pas une certaine relation entre l’inépuisable génie créateur dont la civilisation chinoise fit preuve tout au long des âges, et le phénomène périodique de table rase qui empêcha cette culture d’étouffer sous le poids des trésors accumulés par les siècles ? »[3]

 

Retrouvailles

En mai 1909, Jules n’avait fait que passer « 24 heures trois quart ! » à Pékin. Il aurait tout le loisir de mieux la connaître cette ville, quand il y serait affecté, un peu plus tard, durant cette guerre de 1914 à laquelle il allait demander d’aller combattre, là-bas sur le front d’Europe. Il voulait rejoindre ses amis dont il recevait régulièrement l’avis annonçant solennellement qu’ils étaient « morts pour la France ». On le lui refuserait, estimant qu’il était plus utile en Chine. Rescapé malgré lui de la boucherie, Jules allait faire carrière dans ce pays qui traversait les années les plus décisives de son histoire. Il avait déjà connu la chute de l’Empire, la naissance de la République, il connaîtrait les Seigneurs de la Guerre, la montée du Guomindang de Tchang Kai-Check, du Parti communiste de Mao et puis la guerre, la seconde en ce demi-siècle qui n’en demandait pas tant. Un jour d’août 1939, à l’aube du conflit qui couvait à la frontière de l’Allemagne et de la Pologne, il avait rejoint son poste en Chine. Pour la dernière fois. Il n’en reviendrait jamais, emporté plus tard, dans le froid glacial de Harbin, sans jamais avoir revu sa femme Mercédès et ses enfants, Xavier et Marie. Et puis un jour de septembre 2005, Marie est venue à Pékin. Jules ignorait que j’avais organisé leurs retrouvailles.

Rompant le sort scellé 66 ans plus tôt, Marie est fidèle au rendez-vous. Ce n’est pas la première fois qu’elle revient en Chine, mais son voyage prend une tout autre dimension. Depuis quelques mois, la traduction chinoise de « C’est de Chine que je t’écris… » est parue et le livre sera présenté à la Foire internationale qui se tient alors à Pékin. L’Ambassade de France a accepté de nous associer, Marie et moi, aux événements organisés à l’occasion des années croisées France-Chine. À 84 ans, Marie est pourtant diminuée. En quelques mois, juste après la sortie du livre en France, son état s’est rapidement dégradé : comme si toute l’énergie qu’elle avait emmagasinée durant des années, comme si le souffle de vie qu’elle avait donné à ce dernier projet, celui-ci une fois mené à bien, l’avait progressivement quitté. Surtout, le diagnostic d’Alzheimer est tombé : Marie, dont la mémoire sans faille m’avait guidé dans les méandres de cette histoire, l’oubliait peu à peu. Mais elle qui a tant œuvré pour que quelqu’un s’en empare, a fait le voyage. Celui-ci l’a même requinquée, la sortant pour un temps de cette nuit dans laquelle, peu à peu, elle s’enfonce. Peut-être parce que, comme elle le dit souvent, la Chine, elle la porte à la semelle de ses chaussures.

Lorsque je la vois, accompagnée de Pierre son fils et de Pierre-Yves, son petit-fils, je me crois transporté ce jour d’été 1939 où les « trois Leurquin », Mercédès, Xavier et Marie, avaient regardé partir Jules, s’imaginant qu’il ne s’agissait que d’un au revoir. Dans le hall de l’hôtel où je la retrouve, comme enveloppée par le fauteuil moelleux qui la soutient, la main sur sa canne, Marie observe l’agitation qui l’entoure d’un regard fatigué mais tranquille, presque amusé. Il s’illumine de mille éclats lorsqu’elle m’aperçoit, fidèle aussi à ce rendez-vous tellement improbable pour elle, à 10 000 kilomètres de son quartier de Sèvres-Babylone à Paris qu’elle a quitté à bord de l’un de ces avions qu’elle aimait tant, enfant. L’aventure commencée près de deux ans plus tôt, avec l’écriture de ce livre, forme une boucle. Et Jules n’est pas loin, à tel point que, en posant ma main dans celle de Marie, j’ai presque le sentiment d’être un intercesseur.

Jules, voici ta fille, Marie, mais je suis sûr que tu l’as reconnue malgré les 84 ans qu’elle porte aujourd’hui. C’est sans doute un drôle de sentiment lorsque l’enfant qui survit à ses parents finit par dépasser l’âge qu’ils avaient eux-mêmes atteint. Comme si l’enfant devenait l’aîné, le parent de ses parents. À l’époque, lorsque les Japonais, le diabète, l’asthme ou la dépression – on ne saura jamais – ont eu raison de toi, là-haut, à Harbin, tu avais 60 ans, Marie en avait 24. Elle s’était mariée quelques années plus tôt, avait eu une petite fille, tout cela pendant que tu tenais bon en Mandchourie, attendant de pouvoir prononcer la phrase qui signifierait pour toi le débarquement, la Libération, les retrouvailles... Ah, cette phrase, j’imagine l’enthousiasme qui devait t’envahir lorsque tu t’apprêtas à la prononcer tout en conservant la retenue qui devait accompagner une nouvelle d’apparence aussi anodine : « J’ai deux billets de libre pour vous pour le Moderne ». Elle était enfin venue cette phrase annonciatrice, mais la Libération tu ne l’as vis jamais. Quant aux retrouvailles…

Mais tout cela, c’est le passé, Jules ! Est-ce que tu vois, comme moi, les yeux noirs de Marie, ses yeux, perçants, souriants, transperçant ceux qu’ils croisent, ce sont les mêmes que sur les photos de l’enfance. Comme lorsqu’en 1927 elle posait dans le jardin du Consulat de Hoi-How, sur l’île de Hainan, avec Mercédès, sa mère, ta femme et ses deux jeunes frères, Xavier et Pierre. Pierre qui allait mourir en Chine, comme toi, trop longtemps avant toi. Les yeux, Jules, c’est bien ce qui permet de reconnaître un être, malgré les années. Toujours.

Les yeux de Marie ont vu tant de choses qu’elle me rapportait, tandis que nous lisions tes lettres, que nous regardions tes photos pour écrire ton histoire, ta vie, la petite histoire de ta vie. Les yeux de Marie avaient vu les scorpions se promenant parfois dans ce jardin de Hoi-How, les bonnes sœurs de Saint-Vincent de Paul accueillant les orphelines sauvées de la mort alors trop souvent promise aux petites filles. Ses yeux t’avaient vu, Jules, résistant à Canton au siège de la presqu’île de Shamian par les grévistes du Guomindang. C’était en 1925 et je suis sûr qu’il y avait autant de fierté dans les yeux de Marie à cette époque qu’il y en avait lorsqu’elle me racontait tes faits d’armes. Ses yeux avaient admiré les héros de l’aviation naissante qui faisaient escale à Hong Kong pour les premiers raids longue distance. C’était en 1937 et pour Marie, cette année sonnait comme la dernière des seize qu’elle avait passées dans ce pays, avant de rejoindre la France et les écoles parisiennes où on lui reprocherait ses manières « sauvageonnes ». Mais imagines-tu, Jules, que ses yeux de bébé – elle devait avoir deux ou trois ans – avaient enregistré un petit détail du consulat de Tchongking qui lui permettrait de le retrouver près de 80 ans plus tard ? Les marches du Consulat, Jules. Oui, c’est l’image anodine de ces quelques marches, imprimée sur sa rétine, qui lui avait permis de retrouver le lieu où elle était née en 1921 ! Oui, que de choses étaient passées dans ses yeux, avant que les tiens ne se ferment.

Depuis ces retrouvailles de 2005, Marie est morte. Son corps avait cédé et sa mémoire, peu à peu, s’était désagrégée, dispersant ces milliers d’instants qui font une vie. Du moins avions-nous pu les poser auparavant sur le papier. Aujourd’hui encore, je crois que si Marie avait autant insisté pour faire le voyage jusqu’à Pékin où l’on s’apprêtait à fêter son père, c’est parce qu’elle ressentait le besoin impérieux de se rapprocher de lui. Comme on aimerait, au crépuscule de sa vie, faire le voyage qui nous offre de fermer, une à une, les portes entrouvertes, de ranger les souvenirs dans une grande malle, puis d’éteindre sereinement la lumière de notre existence. Je me rappelle d’elle, tandis que nous étions tous deux assis dans cette salle de conférence du Salon du Livre, racontant d’une petite voix pleine d’émotion « sa » Chine et celui qu’elle continuait d’appeler « mon papa ». Oui, une voix d’enfant s’échappait d’une dame de 84 ans.

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[1] Albert Londres, La Chine…, op. cit., p. 82.

[2] Simon Leys, « L’attitude des Chinois à l’égard du passé », L’humeur, l’honneur, l’horreur, recueil Essais sur la Chine, Robert Laffont, Coll. Bouquins, 1998, p. 739-756.

[3] Simon Leys, « L’attitude des Chinois… », art. cit., p. 747.

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